Les causes d’interruption de la prescription en assurance : Une analyse juridique

Les causes d’interruption de la prescription en assurance : Une analyse juridique

La prescription est un concept juridique fondamental qui affecte les droits des individus et des entreprises, notamment dans le domaine des assurances. Elle se définit comme un mode d’extinction d’un droit résultant de l’inaction de son titulaire pendant un certain laps de temps. Autrement dit, si une personne ne revendique pas ses droits dans un délai imparti, elle peut perdre la possibilité de le faire.

En règle générale, le délai de prescription de droit commun est de 5 ans. Cela signifie que, pour la plupart des actions en justice, une personne dispose de cinq ans pour engager des poursuites à compter de l’événement qui donne naissance à son droit.

Cependant, dans le domaine des assurances, ce délai est spécifiquement réduit. Selon l’article L. 114-1 du code des assurances, le délai de prescription pour les actions dérivant d’un contrat d’assurance est de 2 ans. Cette réduction vise à instaurer une certaine rapidité et certitude dans le règlement des litiges en matière d’assurance.

Ce délai peut être interrompu pour diverses raisons, prolongeant ainsi la possibilité d’engager une action. Une récente décision de la Cour de cassation a mis en lumière l’importance de la précision des contrats d’assurance concernant les causes d’interruption de la prescription. Revenons sur les faits de cette affaire et les implications de cette décision.

Les Faits

M. avait souscrit un contrat d’assurance « multirisques habitation » auprès de la société d’assurance, avec effet au 5 juin 2013. Victime d’un cambriolage le 11 août 2014, il a été indemnisé pour ce sinistre. Cependant, M. a par la suite sollicité une indemnisation complémentaire pour des préjudices additionnels, ce que l’assureur a refusé. En conséquence, M. a assigné l’assureur en exécution du contrat d’assurance.

L’assureur, en réponse, a invoqué la prescription pour rejeter la demande. La cour d’appel de Toulouse a accueilli cette défense, déclarant les demandes de M. irrecevables car tardives. M. a alors porté l’affaire devant la Cour de cassation, arguant que le contrat d’assurance ne précisait pas de manière exhaustive les causes d’interruption de la prescription, rendant ainsi la prescription biennale inopposable.

Selon l’article L. 114-1 du code des assurances, toutes les actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui leur donne naissance. Toutefois, l’article L. 114-2 du même code prévoit plusieurs causes d’interruption de ce délai de prescription, telles que la désignation d’experts suite à un sinistre ou une demande de paiement d’indemnité.

L’article R. 112-1 du code des assurances impose à l’assureur de rappeler ces dispositions législatives dans le contrat d’assurance. En cas de manquement à cette obligation, la prescription ne peut être opposée à l’assuré.

La décision de la Cour de cassation

La Cour de cassation a donné raison à M. . Elle a censuré la décision de la cour d’appel sur le fondement de l’article R. 112-1 du code des assurances. La Cour a souligné que l’assureur doit rappeler dans le contrat d’assurance les différentes causes d’interruption de la prescription biennale prévues à l’article L. 114-2 du code des assurances. En l’espèce, la cour d’appel n’avait pas suffisamment établi que le contrat d’assurance énonçait de manière exhaustive ces causes, comme le contestait M. . Ainsi, la cour d’appel a privé sa décision de base légale.

Cette décision de la Cour de cassation a des répercussions importantes pour les assurés et les assureurs. Elle rappelle aux assureurs l’obligation de transparence et de précision dans leurs contrats. Les contrats d’assurance doivent mentionner de manière exhaustive les causes d’interruption de la prescription, faute de quoi la prescription biennale ne peut être opposée à l’assuré.

Pour les assurés, cette décision renforce leurs droits en garantissant qu’ils sont pleinement informés des délais et des conditions qui s’appliquent à leurs actions en justice. En cas de litige, un assuré peut ainsi contester la prescription en vérifiant si son contrat mentionne correctement les causes d’interruption de la prescription.

Articles liés

Jurisprudence de la cour de cassation : la fin du délai de prescription en matière d’assurance ?

la deuxième chambre civile, pour la partie du rapport annuel de la cour de cassation qui est alloué au droit des assurances, met en avant deux constats, le premier concerne la prescription, le second concerne la synthèse applicable au contentieux de la “perte d’exploitation” sollicité par les professionnels, notamment de la restauration, qui a été prolifique durant et après la période de pandémie de la Covid-19

La médiation : un dispositif de règlement amiable dans le domaine de l’assurance

Depuis la Loi 8 février 1995, première législation sur l’amiable, le droit a connu une évolution considérable en la matière témoignant de la volonté du ministère de la justice à instaurer une culture de l’amiable visant à apporter une solution aux litiges et alléger les tribunaux. La politique présentée en janvier 2023 s’inscrit dans cette continuité et le décret du 29 juillet 2023 matérialise un peu plus cette volonté. Aussi, en cas de litige avec votre assureur, devez vous obligatoirement passer par une médiation ? Quelles sont les démarches à suivre ?